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FROM BITS TO PAPER
Une exposition présentée par Filipe Pais


From bits to paper présente une sélection d’œuvres d’artistes contemporains qui explorent le choc né de la rencontre entre les mondes numériques et le monde physique. En utilisant des tactiques de décontextualisation, de rematérialisation et de déplacement, ces artistes nous proposent une prise de recul, un espace de réflexion sur notre monde en devenir.

En déplaçant des Google pins, tweets, traces GPS et autres objets natifs du monde « numérique » de leur habitat naturel vers le monde physique, les artistes présentés dans cette exposition démettent ces objets de leur capacité opérationnelle pour les transformer en d’intrigantes re-matérialisations dysfonctionnelles et ludiques.

L’exposition rassemble une sélection hétéroclite d’œuvres d’artistes à la renommée internationale, tels qu’Aram Bartholl, James Bridle, Darko Fritz, Vincent Broquaire, Clément Valla, Albertine Meunier, Felix Eyes et Benjamin West, Christopher Baker, Daan van den Berg et Peter Jellitsch.

Sont aussi présentés les projets créés durant un mois de résidence au Shadok par Alexandre Saunier, Esther Polak et Ivar van Bekkum, Ivan Twohig et Martin De Bie, Julien Fargetton et Thierry Verbeeck.

 

_E1A9871Immersion de Thierry Verbeeck

Pour l’artiste belge Thierry Verbeeck, « l’art doit témoigner de son temps et des enjeux de son époque ». Il a choisi de travailler ici sur la place grandissante du numérique dans la vie de tous les jours. Pour l’artiste, Internet est le nouvel espace public majeur. Les nouveaux médias ont engendré des changements à tous les niveaux de notre société (travail, famille, économie, relations humaines…). Notre perception du monde a changé, ainsi que notre interaction avec lui.

L’artiste nous propose ici à une immersion dans le numérique, en lui donnant corps et en le faisant vivre dans le réel de nos quotidiens. L’art de Thierry Verbeeck prend place dans l’espace urbain. Il se distingue des street artistes (artistes de rue) en travaillant uniquement sur des surfaces vitrées. Il reprend ici l’esprit évolutif d’une de ses œuvres phares, Windows (« fenêtre » en anglais), pour inviter Strasbourg à ouvrir ou fermer ses fenêtres, à travers de grandes mains en autocollants sur des vitres ou des plaques de verres.

Thierry Verbeeck nous invite à un voyage entre le numérique et le monde physique. Avec ses gifs animés réalisés grâce à ses autocollants, la ville est immergée dans le digital, avec cette possibilité offerte de considérer chaque fenêtre comme de potentielles fenêtres virtuelles. De l’autre, un filet de pêche transformé en spam « phishing » (technique frauduleuse visant à dérober des renseignements personnels en ligne afin d’usurper une identité) livre quelques lettres et chiffres appartenant au mot de passe de l’artiste. Un mot de passe qu’il vous invite à essayer de « cracker » sur l’ordinateur présent.

 

_E1A9807upClouder de Alexandre Saunier

L’artiste Alexandre Saunier imagine la mise en place réelle de ce que l’on appelle aujourd’hui le « Cloud » (mot anglais du « nuage »). Le cloud computing, qui veut dire « l’informatique en nuage », désigne le stockage de nos données par l’intermédiaire du réseau Internet.

L’image du Cloud a renforcé l’idée qu’internet est un vaste réseau impalpable, un ensemble de fichiers numériques sans poids et d’ondes WiFi. Mais derrière cette image se cache une infrastructure gigantesque. Fermes de serveurs, câbles sous-marins et centrales électriques fournissent l’énergie toujours croissante dont nous avons besoin pour « surfer ».

L’artiste nous invite à nous interroger sur nos modes de stockage de données numériques: comment penser et créer une alternative écologique et durable à ce réseau?

L’artiste nous propose ici une solution écologique autant que lyrique, en créant la startup upClouder, qui développe un réseau fait de nuages réels! Grâce à upClouder, Alexandre Saunier nous propose de ne plus charger nos fichiers informatiques sur des serveurs, mais de les envoyer et de les stocker directement dans les nuages. A partir de là, les avantages sont évidents: écologie, faible consommation énergétique, coûts d’entretien de la structure très faibles…

Si ce projet peut paraître fou, il est avant tout une invitation à réfléchir sur notre rapport aux réseaux numériques, en invitant l’imagination et l’humour dans le monde de la recherche, de l’ingénierie et surtout, des startups.

 

_E1A9621Droit de suite de PolakVanbekkum

Les traceurs de localisation font partie de notre quotidien, nous n’y prêtons même plus attention. Mais que se passerait-il si ces traceurs étaient humains ? Comment cela influencerait votre perception de l’espace, de l’espace privé et de l’espace public ?

Droit de Suite est un petit cinéma d’ombres et de petites histoires très courtes, dans lesquelles l’apparent comportement neutre du pisteur révèle des traits et caractéristiques humains. Le couple d’artistes PolakVanBekkum a souhaité comprendre ce que provoquait la notion de pistage à l’heure actuelle. Il s’est comporté comme des traceurs de localisation, en suivant de manière anonyme des personnes pendant plusieurs jours dans la rue. En suivant le même chemin que ces personnes, il pouvait ainsi recréer leur chemin en gardant la trace de leurs données GPS. La filature s’arrêtait lorsque le signal était perdu.

Durant leurs filatures, les artistes ont noté des informations sur leurs carnets (couleurs des vêtements, attitude générale, etc…), tentant d’interpréter les comportements des personnes : à quoi pensent-ils, quel peut être leur but à ce moment, rentrent-ils chez eux ou vont-ils travailler…? Ces notes nourrissent aujourd’hui la narration des différentes descriptions que vous entendez.

Leur œuvre est une invitation à s’interroger sur le suivi de localisation, le pistage des données et le profilage qui est fait par les moteurs de recherche et les sites. Et nous placer face à ce constat : aujourd’hui, avec les nouvelles technologies, nous sommes d’une certaine manière déjà suivis à notre insu.

 

_E1A0105Radius de Martin De Bie et Ivan Twohig

Une carte est une représentation d’un espace en trois dimensions qui, à part de rares exceptions comme les plans-relief, apparaît toujours en deux dimensions. Le projet XYZ(t)*-a propose des représentations alternatives de ces cartographies utilisant le volume pour mettre en exergue différents types de données généralement impalpable sur ces documents.

Aujourd’hui au sein de nos tissus urbains s’étend un rhizome d’éléments invisibles, ces ondes et fréquences imperceptibles sont pourtant le socle de notre vie moderne entre alimentation électrique et réseaux de communication. Il existe donc un véritable urbanisme invisible prenant différentes formes tant la physique de leur constituante fluctue. Chaque pièce exposée ici est un extrait de la métropole de Strasbourg sous-tendu par ces fantomatiques données. Des données de l’invisible matérialisées apportant ici une nouvelle vision de l’espace urbain.

Une carte est toujours une vision subjective d’un point de vue du monde qu’il représente. Le projet Numbers make volume détourne ici l’espace de la place Gutenberg sous la forme d’une sculpture utilisant la multiplicité des points d’entrée WIFI comme structure de construction. L’édition 02.22.2016 ré-interprète la fonction de l’annuaire téléphonique, objet aujourd’hui presque désuet, proposant une liste de réseaux wifi capturés lors d’une traversée de la ville et ici organisé par ordre alphabétique avec des temps de capture et position géographique. EMF topography est un objet sonore rendant perceptible les ondes électromagnétiques qui envahissent l’espace urbain sur fond d’une carte presque devenue invisible à nos yeux. Le cabinet de curiosités graphique See the invisible est une collection de représentations donnant à voir la forme invisible de différentes types d’ondes, fréquences, signaux… Le statut de ces illustrations serpente entre leur fonction didactique et l’affect esthétique qu’on leur donne.

 

_E1A0304Le vent tourne… de Julien Fargetton

Julien Fargetton souhaitait faire flotter un drapeau. Ce drapeau flotterait ici, au Shadok, à Strasbourg, en France. Mais le vent qui le ferait flotter ne viendrait pas d’ici mais d’ailleurs… L’artiste a ainsi imaginé un dispositif permettant à ce drapeau flottant à Strasbourg d’être porté par des vents venant de la mer Egée.

Un drapeau flotte aujourd’hui sur ce mât. Il s’agit du drapeau européen récréé avec une couverture de survie. Autour de ce mât tourne un ventilateur qui est connecté à une balise météorologique dans la mer Egée. Un anémomètre prend des données là-bas, calcule la force du vent qui souffle ensuite ici en fonction des données météorologiques émises par la station.

 

_E1A8948204_NO_CONTENT de Darko Fritz

L’unité d’horticulture ‘204_NO_CONTENT’ est faite d’éléments organiques, transgressant le contenu du champ numérique.

Le contexte textuel de l’image est un texte trouvé dans le langage d’un ordinateur qui lit ‘204_NO_ CONTENT’. C’est un message d’erreur qui apparaît dans la communication Internet. Une machine communique avec une autre sur des protocoles d’échec de communication (erreur de serveur de HTML) et fournit ainsi à l’utilisateur un aperçu du problème. L’erreur ‘ 204 Aucun Contenu ‘ signifie que le serveur a accompli une requête, mais il n’y a aucune nouvelle information à renvoyer.

L’image typographique située dans le désert est d’une taille de 3,6 x 31 mètres et est formée dans une matrice de 18 x 166 champs [2988 pixels]. Cet « écran basse résolution » est fait de cactus et de lave noire. Les « pixels actifs » sont constitués de 2220 cactus (Echinocactus grusonii. Au début du projet, chaque cactus avait un diamètre approximatif de 18 cm.

 

_E1A9001Google, Volume 1 de Felix Heyes et Benjamin West

Cet ouvrage contient la première réponse en image à tous les mots du dictionnaire.

Google, Volume 1 propose tous les mots du dictionnaire, dans l’ordre, remplacés par des images. Félix Heyes et Benjamin West, membres de King Zog, se sont basés sur le Oxford English Pocket Dictionary et ses 21 110 mots pour écrire ce livre d’images.

Les mots et leur définition disparaissent au profit de la première occurrence dans Google Images, l’outil le plus abouti d’identification visuelle sur Internet qui offre – c’est son principe fondateur et mécanique – les images supposées les plus pertinentes et stimulantes à nos requêtes écrites.

Google, Volume 1 tire son nom du verbe conjugué to google, entré au Oxford Dictionary dès juin 2006, pour décrire une recherche d’information sur Internet au sens large.

 

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Dust et Dust Scapes d’Aram Bartholl

Les Dust Scapes (« Paysages de Poussière ») sont une série d’images issues de captures d’écran de la carte « Dust » du jeu vidéo Counter-Strike (jeu de tir où les joueurs s’affrontent en équipe dans différents lieux). En l’absence de mouvements sur l’image, ainsi que de l’interface de jeu et des joueurs, ces photographies de plans vides ressemblent presque à des architectures ou des photographies de paysages. Ces paysages sont des scénarios uniquement créés pour exister dans le logiciel du jeu sur des serveurs. Ils semblent être abandonnés ou vides, et à la fois plein de souvenirs de millions de personnes qui ont joué et jouent encore à ce jeu.

Dust (« Poussière ») est une réplique à l’échelle 1:1 d’une des cartographies les plus jouées au monde dans les jeux vidéo sur ordinateur. L’idée de l’artiste est de construire un modèle en 3D de la carte « de_dust » du jeu de tir Counter-Strike (littéralement « contre-attaque »), afin d’aboutir, un jour, à la réalisation d’un bâtiment en ciment, sorte de sculpture à l’échelle accessible au public.

Les visiteurs seraient alors invités à se promener dans un espace virtuel matérialisé, et à s’immerger dans le jeu transposé dans une réalité physique. Dans une intention d’abstraction, tous les recoins et éléments de la carte seraient réalisés en béton (pas de couleur ni de texture) et représenteraient ainsi un instant « pétrifié » du patrimoine culturel des cartographies dans les jeux vidéo.

Courtesy XPO Art Studio
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Please wait a moment de Vincent Broquaire

L’œuvre dessinée de Vincent Broquaire formule des rapports entre la nature et les nouvelles technologies, au centre desquels l’Homme s’impose comme le grand décideur et le grand manipulateur.

Le paysage joue un rôle moteur dans son œuvre, il y est considéré comme une construction technique que l’Homme transforme au gré de ses besoins et de ses caprices. L’artiste construit ainsi une vision critique, nourrie d’ironie et de poésie, portée sur l’Homme et son besoin insatiable de contrôle de son environnement où le réel et la fiction d’entremêlent.

Vincent Broquaire fait du paysage, terrestre ou extraterrestre, un décor perfectible en fabrication constante. L’Homme, armé de ses appareils, module, déplace, amplifie, maintient, dévoile, augmente ou supprime chaque élément de son propre décor. Avec un regard à la fois conscient et décalé, Vincent Broquaire manipule l’espace de plus en plus réduit entre le réel et la (science) fiction.*

 Texte de Julie Crenn

Courtesy XPO Art Studio

 

_E1A9919Merrick de Daan van den Berg

« Depuis une localisation secrète, je pirate le serveur informatique d’IKEA. Dans ce centre nerveux, les fichiers CAD (fichiers conçus grâce à un logiciel de modélisation 2D et 3D) de chacun des produits IKEA sont stockés et téléchargés dans le monde entier. En infectant ces fichiers CAD avec le virus « Elephantiasis » que je viens de concevoir, je peux hacker (pirater) toutes leurs gammes de produits. Le virus entraîne l’apparition de difformités aléatoires sur les objets, telles que des excroissances, des grosseurs, des fissures et des bosses qui ne seront visibles que lorsque le consommateur imprimera son produit chez lui avec son imprimante 3D. » – Daan Van den Berg

Le MERRICK est né du fantasme décrit ci-dessus. C’est un fichier numérique infecté par un virus humain, l’« Elephantiasis », qui est ensuite converti en objet tangible, grâce à l’utilisation d’une imprimante 3D. Chaque lampe imprimée est, dès lors, différente et unique.

L’impression tridimensionnelle à la maison pourrait apparaître comme de la science-fiction, mais cela est loin d’être inconcevable. L’impression 3D grand public en est toujours à ses débuts, mais elle est réellement appelée à être une nouvelle révolution.

 

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Postcards from Google Earth de Clément Valla

« Je recueille des images de Google Earth. J’y ai découvert d’étranges moments où l’illusion d’une représentation cohérente et homogène de la surface de la Terre semblait s’écrouler. Au début, j’ai pensé que cela était dû à des glitches (distorsions d’images) ou à des erreurs dans l’algorithme, mais en regardant de plus près, j’ai réalisé que la situation était en fait bien plus intéressante. Ces images ne sont pas des glitches, elles constituent le résultat logique absolu du système. Elles sont une anomalie dans le système, du non-standard, une valeur atypique même…mais pas une erreur. Ces moments discordants montrent comment Google Earth fonctionne, fixant notre attention sur le logiciel. » – Clément Valla

Ces photos révèlent un nouveau modèle de représentation : construit, non pas à travers une série de photographies classées et indexées, mais à travers la collecte automatisée de données issues d’une myriade de sources différentes, constamment mises à jour et combinées à l’infini pour créer l’illusion d’une image homogène et cohérente. Google Earth est ainsi une base de données qui se déguise en représentation photographique. Ces images troublantes concentrent notre attention sur le processus lui-même, ainsi que sur le réseau d’algorithmes, d’ordinateurs, de systèmes de stockages, des appareils photo automatiques, des cartes, des pilotes, des ingénieurs, des photographes, des experts et des cartographes qui les produisent.

Courtesy XPO Art Studio

 

_E1A9585My Google Search History d’Albertine Meunier

De plus en plus, nos vies, distillées sur les réseaux numériques, laissent des traces. Chaque moment passé sur internet est guidé par des sites d’information mais surtout par des moteurs de recherche, et laisse sur le réseau une petite trace invisible, comme un geste inutile.

Jour après jour, notre pratique se répète, les mêmes gestes, les mêmes réflexes, les mêmes habitudes. De ces répétitions, un sillon invisible se creuse qui trace le chemin numérique de chacun. Et l’on se demande : depuis qu’internet existe, combien de temps passé devant le halo d’un écran ? Combien de fois la page d’accueil Google s’est affichée ? De cette page quasi immuable depuis des années, combien de recherches faites ? Difficile de quantifier à l’échelle humaine tous ces octets avalés. Pourtant certains acteurs du Net, comme Google, ont très vite compris la valeur du chemin personnel parcouru par chacun sur le réseau. Très vite compris que la totalité des recherches faites sur leur moteur parlait de nous tous mais aussi de chacun.

En 2006, Google lance le service Search History et stocke les recherches des internautes. Depuis ce premier jour, Albertine Meunier compile scrupuleusement ses recherches et les donne à voir au public. Plus de trois années se sont écoulées : les recherches d’Albertine mises bout à bout racontent une histoire, la sienne mais aussi celle du réseau.

 

_E1A9375Murmur Study de Christopher Baker

Murmur Study est une installation qui examine l’augmentation des technologies de micro-messages telles que Twitter ou la mise à jour des statuts Facebook. On pourrait traduire ces messages comme une sorte de papotage numérique. Cependant, contrairement aux conversations autour de la machine à café, ces pensées passagères sont accumulées, archivées et indexées sous forme digitale pour des sociétés. Pendant que l’avenir de ces archives reste à être envisagé, l’ampleur du volume des expressions personnelles – souvent émotionnelles – publiquement accessibles devraient nous faire réfléchir.

Cette installation consiste en 20 imprimantes thermiques qui suivent continuellement Twitter et détectent les nouveaux messages contenant des variations d’énonciations émotionnelles communes. Les messages contenant des centaines de variations sur des mots comme Argh, Bof, Grrrr, Ooh, Euh et Pfff sont imprimés comme une cascade infinie de texte s’accumulant pour former les piles photographiées.

Le papier des reçus thermiquement imprimés est réutilisable, pour de futurs projets et des expositions, ou recyclé.

 

_E1A9515Where the f**K was I ? de James Bridle

Le livre Where the f**K was I ? compile 202 cartes basées sur mes mouvements au cours de l’année passée 2010 et 2011. Je dis «basées sur» car les données n’ont pas été enregistrées par moi, mais par mon téléphone. En avril, les chercheurs ont révélé que l’IPhone stockait des données d’emplacement sans connaissance de l’utilisateur. En utilisant leurs instructions et mes propres scénarios, j’ai extrait 35 000 paires de coordonnées GPS (latitudes et longitudes) stockées dans mon téléphone entre avril et le mois de juin précédent (quand mon téléphone a été mis à jour pour la dernière fois, effaçant sa mémoire). Ces coordonnées sont tracées sur OpenStreetMap, une carte pour chaque jour, avec une brève note qui renvoie à un événement réel. Ceci est donc un atlas, d’une autre nature, vu par d’autres yeux. Mais ces yeux m’ont suivi, invisibles et sans permission. C’est pourquoi, cette provocante violation m’apparait comme un acte nécessaire. » – James Bridle

 

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Data Drawings 48 – 51 de Peter Jellitsch

Le Data drawings de Peter Jellitsch, qui signifie littéralement « Dessins de données », est basé sur cette interrogation du devenir d’une composante désormais indispensable de notre vie moderne (au travail) : l’Internet et un accès constant et continu à une connexion sans fil.

L’artiste utilise des données mesurables issues des connexions WIFI : les vitesses de téléchargement (download) et de mise en ligne (upload) ainsi que les PING (Packet INternet Groper, permettant de tester la qualité du réseau). Il traduit ensuite ces données de manière répétitive à travers des dessins dont les formes complexes évoquent des topographies de paysage, réalisées au crayon et à l’acrylique. Il donne forme aux processus numériques invisibles qui nous entourent et les définit comme étant la base, le point de départ de son travail en tant qu’artiste. Chaque « Data Drawing » de Peter Jellitsch est, dès lors, une sorte de sonde ou d’image en instantané d’un endroit spécifique à un moment précis. Les mesures chiffrées de ces données, récoltées de manière précise au moyen d’une application iPhone, prennent ainsi la forme d’un geste artistique abstrait sur le papier, marquée par l’inévitable variation et entraînée par l’imprécision humaine. L’acte physique de dessiner est ici combiné avec les flux omniprésents d’informations dont nous sommes tout à la fois utilisateur et créateur : une création, potentiellement infinie et continuellement inachevée, de valeurs à partir du néant.**

Texte par Marlies Wirth (Curator, MAK Austrian Museum of Applied Arts / Contemporary Art)

Photos: Filipe Pais

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