L’exposition « FROM BITS TO PAPER » vous invite à découvrir le travail de sept artistes européens qui, pendant leur mois de résidence au Shadok, ont cherché à comprendre ce que devenaient ces nouveaux codes culturels du numérique une fois transposés dans la création contemporaine et dans notre quotidien.

Alexandre Saunier

shadok-11Alexandre Saunier évolue à la frontière entre art et recherche. Son travail associe monde informatique et monde physique dans le but de questionner notre perception des machines numériques et rendre sensible leurs processus les plus abstraits. Ses œuvres ont été exposées dans différents lieux tels que la Mac+ lors du festival Exit. En parallèle, ses recherches sont étroitement liées au laboratoire de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris.

Il crée pour From Bits to Paper une startup appelée upClouder.

L’artiste Alexandre Saunier, imagine la mise en place réelle de ce que l’on appelle aujourd’hui le « Cloud » (mot anglais du « nuage »). Le cloud computing, qui veut dire « l’informatique en nuage », désigne le stockage de nos données par l’intermédiaire du réseau Internet.

L’image du Cloud a renforcé l’idée qu’internet est un vaste réseau impalpable, un ensemble de fichiers numériques sans poids et d’ondes WiFi. Mais derrière cette image se cache une infrastructure gigantesque. Fermes de serveurs, câbles sous-marins et centrales électriques fournissent l’énergie toujours croissante dont nous avons besoin pour « surfer ».

L’artiste nous invite à nous interroger sur nos modes de stockage de données numériques: comment penser et créer une alternative écologique et durable à ce réseau?

Il nous propose ici une solution écologique autant que lyrique, en créant la startup upClouder qui développe un réseau fait de nuages réels! Grâce à upClouder, Alexandre Saunier nous propose de ne plus charger nos fichiers informatiques sur des serveurs, mais de les envoyer et les stocker directement dans les nuages. A partir de là, les avantages sont évidents: écologique, faible consommation énergétique, coûts d’entretien de la structure très faibles…

Si ce projet peut paraître fou, il est avant tout une invitation à réfléchir sur notre rapport aux réseaux numériques, en invitant l’imagination et l’humour dans le monde de la recherche, de l’ingénierie et surtout, des startups.

Esther Polak et Ivar Van Bekkum

shadok-35Inscrits dans la tradition des peintres paysagistes flamands, Esther Polak et Ivar Van Bekkum s’approprient les nouvelles technologies pour exprimer leur expérience de la ville et de la campagne, que ce soit par le biais d’impressions, d’installations artistiques, de performances ou de films.

Ils présentent pour From Bits to Paper l’installation Droit de suite.

Les traceurs de localisation font partie de notre quotidien, nous n’y prêtons même plus attention. Mais que se passerait-il si ces traceurs étaient humains ?
Comment cela influencerait votre perception de l’espace, de l’espace privé et de l’espace public ?

Droit de Suite est un petit cinéma d’ombres et de petites histoires très courtes, dans lesquelles l’apparent comportement neutre du pisteur révèle des traits et caractéristiques humains.

Le couple d’artistes PolakVanBekkum a souhaité comprendre ce que provoquait la notion de pistage à l’heure actuelle. Il s’est comporté comme des traceurs de localisation, en suivant de manière anonyme des personnes pendant plusieurs semaines dans la rue, sans que ces dernières le sachent. En suivant le même chemin que ces personnes, il pouvait ainsi recréer leur chemin en gardant trace de leurs données GPS. La filature s’arrêtait lorsque le signal était perdu.

Leur œuvre est une invitation à s’interroger sur le suivi de localisation, le pistage des données et le profilage qui est fait par les moteurs de recherche et les sites. Les placer face à ce constat qu’aujourd’hui avec les nouvelles technologies, ils sont d’une certaine manière déjà suivis à leur insu.

Durant leurs filatures, les artistes ont noté des informations sur leurs carnets (couleurs des vêtements, attitude générale, etc…), tentant d’interpréter les comportements des personnes : à quoi pensent-ils, quel peut être leur but à ce moment, rentrent-ils chez eux ou vont-ils travailler…? Ces notes nourriront aujourd’hui la narration des différentes descriptions que vous entendrez.

Tout en suivant les personnes, les artistes ont essayé de réaliser un profilage de ces dernières, à l’image des sites et des moteurs de recherche qui tentent de nous suivre et de garder une trace de nos déplacements (de site en site) et qui à travers ce pistage, dresse notre profil afin de nous proposer des sites à consulter de manière ciblée et axée sur nos « goûts », qu’ils estiment avoir établie au vu des sites que nous avons consulté précédemment. A travers l’écoute de ces descriptions de filature, Polak Van Bekkum souhaite semer le doute dans l’esprit des visiteurs : « Est-ce moi qu’il a suivi et qu’il décrit là ? » « Est-ce quelqu’un que je connais ? » Il s’agit de descriptions détaillées sans être pour autant trop précises afin qu’en cas de détail troublant, le visiteur ait un doute en pensant se reconnaître et s’interroge sur la possibilité d’avoir été filé ou non.

Le travail d’Ivar Van Bekkum et d’Esther Polak est finalement très représentatif d’une problématique actuelle, caractéristique et symptomatique de notre époque : l’évolution de nos rapports humains et la frontière entre la sphère privée et la sphère publique.

Julien Fargetton

shadok-9Il présente pour From Bits to Paper l’installation Le vent tourne…

Julien Fargetton souhaitait faire flotter un drapeau. Ce drapeau, flotterait ici, au Shadok, à Strasbourg, en France. Mais le vent qui le ferait flotter, ne viendrait pas d’ici mais d’ailleurs…

L’artiste a ainsi imaginé un dispositif permettant à ce drapeau flottant à Strasbourg d’être porté par des vents venant de la mer Egée.

Il s’agit du drapeau européen recréé avec une couverture de survie. Autour de ce mât, tourne un ventilateur qui est connecté à une balise météorologique dans la mer Egée. Un anémomètre prend des données là-bas, calcule la force du vent qui souffle ensuite ici en fonction des données météorologiques émises par la station.

Pour l’artiste, le drapeau pose la question de l’Etat nation. Julien Fargetton souhaite se positionner de manière poétique sur ces problématiques qui pour lui touchent aujourd’hui nos sociétés modernes : celles des frontières, des conflits et des mouvements de migrations. Le vent est une donnée commune à tous. On cherche à le mesurer depuis l’Antiquité. Ce qui intéressait l’artiste, était le fait que le vent soit transformé en données statistiques avant de revenir à nouveau dans le réel, avec cette idée que l’on pouvait « respirer ici, l’air de là-bas ». Faire venir souffler ici un vent qui viendrait de l’autre bout du monde…Comme si les frontières étaient abattues par le souffle faisant flotter le drapeau de Julien Fargetton.

Pour constituer son drapeau, il a précisément choisit la couverture de survie. Celle-là même qui accueille et enveloppe les réfugiés lors de leurs premiers pas en Grèce après avoir traversé la mer Egée. A travers cet épisode douloureux, l’Europe semble également jouer son futur dans cette mer qui l’a vu naître grâce au mythe grec d’Europe (d’où le choix de ces données météorologiques pour faire flotter le drapeau). Il pose ainsi à travers l’utilisation de cette couverture, la question de la survie, tant de l’Union Européenne que des êtres humains errant sur les chemins en quête d’une terre d’accueil.

A travers ce drapeau, Julien Fargetton nous invite à nous interroger sur ce qui fait l’Europe aujourd’hui…

Martin De Bie et Ivan Twohig

shadok-31Ils présentent pour From Bits to Paper l’installation Radius.

Martin De Bie et Ivan Twohig, duo d’artistes franco-irlandais, souhaitaient travailler sur des cartographies alternatives. Ils sont partis du postulat que l’on a généralement des cartographies en 3 dimensions, construites à partir de ce qui est visible. Leur souhait a alors été de créer une quatrième dimension à ces cartographies, la dimension invisible. Dans nos villes, nous avons un urbanisme et une géographie visible, mais en parallèle, il y également un urbanisme et une géographie invisibles finalement. C’est précisément cette dimension invisible pour les yeux que Martin De Bie et Ivan Twohig ont voulu utiliser pour représenter nos bouts de villes.

Les cartographies alternatives proposées par ces deux artistes représenteraient ainsi les villes à partir d’autres éléments présents et les caractérisant tout autant, tel que le son par exemple. Des éléments invisibles qui participent aussi à la définition et au tracé du visage de nos villes à un instant T.

L’objectif d’une carte est de rendre visible en représentant de manière simple des phénomènes à l’œuvre sur l’espace représenté. Des phénomènes (sociaux, politiques ou économiques) qui caractérisent l’espace où ils ont lieu à un moment donné de l’Histoire. Un des phénomènes majeurs de notre temps, est ainsi le numérique.

Martin De Bie et Ivan Twohig proposent ici une architecture invisible de la ville en interprétant des signaux imperceptibles tels que les ondes électromagnétiques, les réseaux WIFI. Les œuvres présentées prennent donc différentes formes, comme celle d’une cartographie en relief de la place Gutenberg mettant en exergue la multiplicité des réseaux WIFI présents, une édition répertoriant nombres de ces réseaux capturés lors d’une traversée de la ville, une collection de symboles représentant ces ondes invisibles ou bien une cartographie sonore s’appuyant sur des captations d’ondes électromagnétiques dans la ville. Autant de données matérialisées de l’invisible apportant une nouvelle vision de l’espace urbain.

Thierry Verbeeck

IMG_1479-Il crée pour From Bits to Paper l’installation Immersion.

Pour l’artiste belge Thierry Verbeeck, « l’art doit témoigner de son temps et des enjeux de son époque ». Il a choisi de travailler ici sur la place grandissante du numérique dans la vie de tous les jours. Pour l’artiste, internet est le nouvel espace public majeur. Les nouveaux médias ont engendré des changements à tous les niveaux de notre société  (travail, famille, économie, relations humaines…). Notre perception du monde a changé et notre interaction avec lui.

L’artiste nous invite ici à une immersion dans le numérique, en lui donnant corps et en le faisant vivre dans le réel de nos quotidiens. L’art de Thierry Verbeeck prend place dans l’espace urbain. Il se distingue des street artistes (artistes de rue) en travaillant uniquement sur des surfaces vitrées. Il reprend ici l’esprit évolutif d’une de ses œuvres phares, « Windows » (« fenêtre » en anglais), pour inviter Strasbourg à ouvrir ou fermer ses fenêtres, à travers de grandes mains en autocollants sur des vitres ou des plaques de verres.

Thierry Verbeeck vous invite à un voyage entre le numérique et le réel. Avec ses gifs animés réalisés grâce à ses autocollants, la ville est immergée dans le digital, avec cette possibilité offerte de considérer chaque fenêtre comme de potentielles fenêtres virtuelles. De l’autre, un filet de pêche transformé en spam « phishing » (technique frauduleuse visant à dérober des renseignements personnels en ligne afin d’usurper une identité) livre quelques lettres et chiffres appartenant au mot de passe de l’artiste. Un mot de passe qu’il vous invite à essayer de « craquer » sur l’ordinateur présent.

PARTAGER
Share with your friends










Submit
Imprimer