Dans le cadre du cycle thématique Hier c’était demain : science-fiction et imaginaires collectifs 

Raphaël Gouisset nous invite, dans son dernier spectacle, à interroger l’avenir de l’Humanité, entre rêve d’enfant, introspection et futurologie.

Performer, comédien, metteur en scène, votre prochain spectacle est un monologue sous forme de poème où vous évoquez la problématique de votre vie et celle du genre humain. Pourquoi prétendre être un astronaute ? Pourquoi dire justement l’inverse dans le titre de votre spectacle ?
Il y a un côté rêve d’enfant, un mec tout seul dans son garage, quelque chose de très Do It Yourself. D’un point de vue scénique, mon but c’est de trouver des jeux qui m’amusent, comme un gamin dans la cour d’école qui dirait « hey les gars on joue à ça, on dirait que je serais ça, on dirait que tu serais ça… ». Concernant la scénographie, on sera deux sur scène, un ami musicien et moi, il fera toute l’ambiance sonore en live et le sound design au fur et à mesure. On pourrait résumer ça à deux gars dans leur garage, y en a un qui visite l’autre : « Qu’est-ce que tu fais ? » « Je suis en train de jouer à Apollo ». « Ok, moi je veux bien faire Houston » ! Damien Brégère, mon ami musicien c’est l’entité qui me raccroche au sol. Il n’y a pas d’artifices, y a juste un gars qui joue pendant 1h30. C’est une règle du jeu, 1h30 c’est le temps que met la Station Spatiale Internationale (ISS) à faire le tour de la Terre. Je mets 1h30 pour le faire le tour de la question, à savoir est-ce que j’ai envie de rester sur la Terre ou de partir dans les étoiles ?

Vous dites vouloir « faire un spectacle pour brûler la vie par les deux bouts », est-ce une forme de pessimisme quant à l’avenir de l’espèce humaine ?
Tous les indicateurs sont au rouge. J’ai deux parents qui travaillent dans l’environnement, et quand je leur pose la question : « est-ce qu’on est bien ou est-ce qu’on est mal barré ? » Il leur faut pas dix secondes pour me répondre : « on est mal barré ». J’essaie de pas tomber non plus dans la collapsologie, même si ça m’intéresse beaucoup. J’ai pas forcément envie de faire un spectacle sur comment survivre sur Terre.

Le poète René Daumal écrivait : « Mais où est ce vide qui m’attire ? (…) Faut-il que j’attende que quelqu’un vienne combler ce vide ou dois-je le combler moi-même ? » Est-ce que ce sont vos angoisses, vos espoirs que vous mettez en scène ? S’agit-il d’une forme de catharsis ?
Oui, c’est ça, tout à fait, mes angoisses et mes espoirs. Là j’ai envie de jouer à trouver les points de croisement entre utilisation de ma vie personnelle et voyage spatial. Je cherche en ce moment comment être un astronaute Do It Yourself. Je n’aurai pas de combinaison, je vais faire avec les moyens du bord, comme si j’étais dans mon garage. En même temps j’utilise le streaming de la Station en live, une vidéo réelle qui montre la Terre à l’instant T.

Peut-on parler à votre sujet de posture « exo-humaniste » ?
Oui, sur ce projet-là, on pourrait coller ce terme d’exo-humanisme. J’aime bien l’idée d’avoir un regard transposé sur la condition humaine et sur moi-même. J’ai pas la prétention de dire que je peux résoudre des problèmes universels, c’est juste un ego trip ! Je tente de regarder les choses se faire dans une posture de jeu.

Votre spectacle évoque les thèmes de la conquête spatiale, de l’écologie et de la sociologie prospective. Comment ces sujets s’articulent-ils ? Quel lien y a-t-il entre l’espace, la nature et la futurologie ?
Terre, espace, SF, je pense que ça va être très mélangé tout ça. Ces trois dimensions se répondent constamment. L’idée c’est de me laisser regarder, d’assumer l’errance, la question. C’est pas pour rien que j’utilise Internet sur scène et que je montre une copie d’écran de mon ordinateur, je laisse voir quelque chose qui est de l’ordre de l’intime. Cette ordinateur c’est une fenêtre sur le monde, c’est aussi une pratique que les spectateurs ont et sur laquelle ils peuvent s’identifier et en même temps c’est une extension de soi qui est très personnelle et que moi je donne à voir.

Regrettez-vous de ne pas être un astronaute ?
Oui, d’une certaine manière oui. Je n’ai aucun problème par rapport à ça. Ça me fascine mais pas plus, pas moins, que le grand public. Moi j’aime m’emparer d’une question et rester très pop culture, très grand public. D’une certaine manière j’aurais bien aimé être astronaute, mais comme tout le monde ! Comme je peux pas, je me recréé cette aventure.

Qu’est-ce qu’évoque pour le thème de la résidence « Hier c’était demain »?
Ça me fait penser à un glitch temporel. Ce titre est bien trouvé car il s’agit de ré-imaginer le futur. Pour moi c’est Retour vers le Futur. Moi ça m’évoque en négatif l’espèce de lutte qu’il faut avoir contre le vintage, cet amour du Formica… Vivement les habitations bien isolées qui consomment peu. Y a des traits à tirer je trouve. Y a un deuil à faire pour pouvoir s’emparer du futur.

Entretien réalisé par Aurélien Montinari en juillet 2019
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