Découvrez ici des pépites du jeu vidéo indépendant, en prémices de la prochaine édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg (14 au 23 septembre) et de sa programmation « jeux vidéo et réalité virtuelle », dont le Shadok est partenaire. Allant du grand classique devenu incontournable, à la dernière sortie encore confidentielle, ces pépites vous permettront de découvrir la richesse, la profondeur et la diversité de la création contemporaine dans le domaine du jeu vidéo indépendant. Aujourd’hui, nous parlons du jeu : GLOOM.

 

 

               Ces dernières années ont vu naître deux tendances opposées dans l’univers du jeu vidéo : d’un côté, la casualisation, consistant à rendre les jeux toujours plus accessibles, et de l’autre, le hardcore gaming, visant à produire des jeux de plus en plus difficiles, exigeants, voire punitifs. La série des Dark Souls, devenue mythique pour son extrême difficulté et son univers très sombre, typé dark fantasy, est devenue une source d’inspiration essentielle pour de nombreux jeux vidéo, jusqu’à donner naissance à un genre de jeux à part entière : les « Souls Like ».

          C’est à cette catégorie de jeux qu’appartient notre pépite de cette semaine : GLOOM. Développé par le studio finlandais Hunchback Studio, piloté par Alexis Sirvio, le créateur du jeu, et mis en musique par Valtteri Hanhijoki, GLOOM vous propose de plonger dans un monde cauchemardesque directement inspiré de l’univers de Howard P. Lovecraft. Vous y incarnez un rêveur anonyme, égaré  dans les limbes du Rêve Commun. Votre mission est de retrouver votre identité en récoltant les pages perdues du « Necromicon », le livre des morts, débloquées à la fin de chaque niveau.

 

Un village pas si paisible… 

 

        Malgré les apparences, GLOOM n’appartient pas à la catégorie des jeux de plateforme traditionnels. Il s’agit en effet d’un « Rogue-like », en référence au jeu « Rogue », sorti en 1980. Le principe de Rogue repose en effet sur l’exploration d’un souterrain, dont les salles sont générées et agencées de façon aléatoire : on parle de « génération procédurale » dans le langage des développeurs. Autrement dit, à chaque nouvelle partie de GLOOM que vous lancez, vous ne savez jamais à l’avance quelle sera la configuration de salles et de monstres que vous allez rencontrer sur votre chemin.

              Seconde caractéristique structurelle, GLOOM utilise le mécanisme de la « Permadeath », ou « mort permanente ». Autrement dit, à chaque fois que vous mourrez dans GLOOM, il faut TOUT recommencer à zéro. Absolument rien n’est conservé d’une tentative à l’autre, si ce n’est l’expérience de jeu que vous accumulez dans la douleur et bien malgré vous au fur et à mesure des parties. Avec GLOOM, on est donc bien loin de satisfaire la pulsion capitaliste qu’incarne habituellement le jeu vidéo, nous poussant à accumuler autant que possible niveaux, équipements et trésors.

 

Le passage par la forge permet d’améliorer temporairement armes et pistolets

 

                GLOOM est avec évidence un jeu qui fonctionne sur la frustration. Les parties, appelées des « runs », sont assez courtes (10 minutes environ), et vous serez donc à chaque fois tenté d’en lancer une de plus, espérant ainsi conquérir une ou deux salles supplémentaires dans l’exploration du souterrain. Chaque nouvelle tentative vient nourrir en vous l’espoir de rassembler enfin la bonne combinaison d’armes, de bonus et de salles, qui vous permettra cette fois de parvenir à la fin du jeu, si convoitée, alors que finalement tout à fait abstraite et indéterminée. L’apparition intempestive d’adversaires, de bonus ou de boss, vient encore rajouter du piment à l’aventure, plongeant le joueur dans un état d’alerte permanent.

               GLOOM paraîtra sans doute bien ingrat à bien des joueurs, et risque d’en décourager plus d’un dès les premières heures de jeu. Mais au fur et à mesure des parties, votre technique acquiert de plus en plus de finesse et accède à un degré de qualité supérieur. Vous vous engagez progressivement dans un corps à corps resserré avec la matière même du jeu vidéo, avec, à la clef, le sentiment d’une compréhension claire et lucide du jeu et de ses mécanismes. Avec GLOOM, le joueur tente une fois encore de réaliser l’un des plus vieux rêves de l’histoire du jeu vidéo : réussir, en une seule tentative, la partie parfaite. Parvenir pour la première fois à la fin du jeu déclenchera en vous un bel accès de « fiero », la fierté du joueur, et l’affect spécifique du jeu vidéo en général.

 

Invitation exclusive du « Maestro » à pénétrer dans l’Amphithéâtre

 

            En définitive, la véritable récompense que propose GLOOM, c’est l’accès à des niveaux très avancés de concentration et d’absorption dans le jeu, prenant ainsi le contre-pied de la tendance actuelle consistant à multiplier le nombre de tâches réalisées simultanément, empêchant le cerveau de s’absorber dans aucune. Malgré son univers cauchemardesque (ou peut-être grâce à la répulsion qu’il suscite), GLOOM vient pourtant paradoxalement mettre l’accent sur ce que le jeu a de meilleur à nous donner : une forte impulsion à nous améliorer, à faire advenir la meilleure version de soi, à développer une foi solide dans l’avenir et une confiance inébranlable dans sa propre capacité à surmonter les obstacles, même les plus difficiles.

 

Sortie : avril 2017

Accès : via Steam pour 10€

Supports : PC, Mac et Linux

 

 

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